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San(torin) d’encre : carnet de voyage aux Cyclades

de Solcito

Bleu, blanc, rouge : l’une des plus belles îles des Cyclades aurait pu nous souffler notre drapeau. Bleue comme le ciel (les oiseaux) et la mer, blanche comme les petites maisons de ses cartes postales et rouge comme la terrible éruption qui aurait décimé les flottes de l’Empire minoen et plusieurs cités littorales crétoises il y a quelques 3500 ans (et des bananes).

Si le volcan ne fait plus trop parler de lui, Santorin est loin d’avoir retrouvé son calme. Belle et rebelle, l’île attire chaque année des centaines de milliers (millions avant le COVID) de touristes dont moi lors d’une magnifique semaine d’octobre de l’an deux-mille-dix-neuf. Armée de mon carnet, d’un stylo et de quelques crayons de couleurs, je suis allée lui rendre une petite visite dans le cadre d’un stage carnet de voyage aux Cyclades organisé par la très chouette assoc’ L’Etincelle.

Santorin : un tableau à ciel ouvert

Je ne vais pas te faire un dessin : je ne pouvais rêver meilleure destination pour un baptême de carnet de voyage aux Cyclades ou ailleurs. Jadis ronde comme une queue de pelle, Santorin est devenue un croissant de lune à la suite d’une (très) forte éruption et embrasse aujourd’hui en son coeur une des plus vastes caldeira au monde : 83 km² au compteur. Caillou de quelques 76,19 km², Santorin ne ressemble à aucune autre de ses collègues.

Unique île des Cyclades d’origine volcanique (avec sa cousine Milos que je ne connais point), Santorin offre un paysage ultra “dessingénique” : falaises immenses composées de couches de scories et de cendres (merci le volcan), plages de sable noir, gris, rouge, de galets ou de pierres ponces, eau translucide… Et au milieu de ce boulot effectué d’une main de maître par Madame Nature, la main de l’homme a aussi bien travaillé. Le résultat : un chapelet de ruines cohabite dans la joie et la bonne humeur avec les villages blancs si caractéristiques de l’île.

Bref, Santorin était le modèle idéal pour me remettre au dessin, après 1000 ans sans avoir touché au moindre stylo, crayon, pastel et autre aquarelle.

Oia : de but en blanc

Les choses sérieuses débutent quelques heures après la sortie de l’avion avec LE village d’Oia en chaux et en os. Modèle professionnelle pour toutes les cartes postales grecques et feed Instagram, la bourgade est devenue un mythe qui passe ou qui casse lorsque l’on pose ses yeux sur elle pour de vrai la première fois.

C’est avec une certaine excitation que nous débarquons en bus (la voiture est à proscrire) dans ce décor que j’ai contemplé des millions de fois sur mon smarphone. Il y a du monde certes, mais nous sommes samedi et les “paque-moches” de croisières n’ont pas encore débarqué. S’il faut parfois un peu patienter pour prendre une photo sur un spot prisé, il n’est pas compliqué s’éloigner de la foule en empruntant des petites rues peuplées uniquement de bougainvilliers. Premier conseil donc : opte pour le samedi si tu souhaites découvrir Oia.

Apprivoiser la ville se mérite : des kilomètres d’escaliers à monter et à descendre, un soleil peu avare en rayons, un dédale de ruelles labyrinthiques… De solides mollets, un tube de crème et une bouteille d’eau sont ainsi vivement conseillés pour la journée, ainsi qu’un appareil photo ou un téléphone portatif avec caméra de qualité. Tant qu’à venir à Oia, autant miser sur des photos clichés de soi devant les maisonnettes, le moulin blanc et les escaliers dans lesquelles tu pourras t’allonger nonchalamment (toute ressemblance avec une personne écrivant ces lignes n’est pas fortuite). Ceci toutefois sans pénétrer à l’intérieur de propriétés privées et déranger la tranquillité des autochtones, cela va de soit.

Combien de temps faut-il pour venir à bout du village me demanderas-tu. La réponse, elle n’est pas vite répondue. On peut aussi bien passer une demi-journée (un poil court néanmoins) que plusieurs jours pour se reposer les yeux dans les bleus du ciel, de la piscine et de la mer. Prévois tout de même un budget conséquent si tu veux y poser tes valises. De notre côté, quelques heures furent suffisantes mais je ne dirais pas non à un futur séjour les pieds dans l’eau.

Pas de bonnes adresses à te communiquer car nous n’y avons point mangé.

 

De Thera à Finikia : de la plage à la fiesta

Quelques heures plus tard, nous avons rendez-vous à la taverne pour un briefing sur le déroulé des opérations. C’est également l’heure des premiers rires, pintes d’ouzo et délicieux mets grecs. A partir de maintenant et jusqu’à la fin du séjour, je mangerai de la féta à chaque repas.

Le moment est également aux belles rencontres, qu’elles soient humaines ou paysagesques, à l’image de la plage de sable noir de la Caldeira. C’est elle qui nous servira de modèle sur la première page blanche de nos carnets de voyage flambants neufs.

Pour fêter nos premiers coups de crayon, nous partons à la petite sauterie annuelle de Finikia, au nord de l’île, organisée en l’honneur de la Matrona. Petit village croquignolet tout de blanc conçu, Finikia a de l’allure. Tellement d’allure que le prix des hôtels fait désormais mal aux reins mais toujours moins qu’Oia. Ce qui n’empêche pas d’aller y faire un tour un soir de fête.

Ce soir-là, nous troquons nos aquarelles contre la vidéo de nos smartphones. Musique, danses, spécialités culinaires et liquides en veux-tu en voilà : la fête de la Matrona est un régal pour la mémoire vive comme pour le palais. Mention (très) spéciale pour la somptueuse église du village ouverte pour l’occasion.

Taverne Remezzo – Thera 847 00. Tél. : +30 2286 082706.
Fête de la Matrona – Tous les 3ème samedis d’octobre.

 

De Fira à Skaros : un plouf et ça repart

Un matin, ça ne sert à rien disait un célèbre philosophe du nom de JJG. Pourtant, c’est en sa compagnie (le matin, pas JJG) que nous commençons paisiblement chaque journée par une session d’écriture avant d’enchainer sur diverses expéditions ici et là.

Rendez-vous au musée préhistorique de Fira afin d’en apprendre un peu plus sur la civilisation de jadis. Construit sur le site d’une église détruite lors du tremblement de terre de 1956, le site abrite un sacré nombre d’objets anciens provenant de diverses fouilles faites notamment à Akrotiri.

L’après-midi est consacrée à une expédition de deux heures au fil du cratère et à destination du rocher de Skaros. A mesure que nous gravissons les nombreuses marches, la vue sur le rocher et le soleil couchant nous font oublier les douleurs dans les jambes. Un contre-jour assez grandiose que nous garderons très longtemps dans nos (cartes) mémoires. La promenade se termine au bout du monde ou presque, devant l’église de Théoskepasti que nous décidons immédiatement d’immortaliser sur nos carnets malgré l’obscurité qui enveloppe peu à peu sa coupole.

Musée préhistorique de Théra – Thera 847 00. Tél. : +30 2286 023217.

Déjeuner à Imerovigli.

D’Akrotiri à Emborio : l’histoire à ses pieds

Bien avant le temps des cathédrales, il était venu le temps des cités antiques comme celle d’Akrotiri. Détruite en -1500 av. J.C. à cause des crachats d’un volcan passablement énervé, elle fut recouverte sous des tonnes de cendres, un peu comme sa cousine italienne Pompéi… sauf qu’ici, aucun corps ne fût découvert, ce qui suppose que les (chanceux) habitants purent aller voir ailleurs s’ils y étaient avant l’éruption.

Aujourd’hui on se balade dans les rues dans l’ancienne ville, on l’esquisser sous toutes ses coutures et on constate que celle-ci était fort moderne pour son époque : port de commerce, système d’égouts, salles de bain dans les demeures… Et de s’apercevoir que nos civilisations modernes n’ont finalement rien inventé.

Afin de protéger les lieux, un toit à été installé en 2012. Peut-être assisteras-tu à des fouilles lors de ta visite ? L’endroit a encore moult secrets à dévoiler. En revanche, la plupart des trouvailles ont été transférées aux musées d’Athènes et à celui de Théra.

N’hésite pas à aller faire un tour à la plage de sable rouge voisine. Un régal pour les yeux comme les stylos qui ne feront qu’une bouchée du cadre assez grandiose.

L’après-midi sera consacrée à la visite de la bourgade d’Emborio. Blanc et pourpre et parabolique, la bourgade a de solides arguments pour nous inviter à rester jusqu’à nuit s’ensuive.

Cité d’Akrotiri – Thera 847 00. Tél. : +30 2286 081939.
Cave de Nikolas
– Akrotiri 847 00. Tél. : +30 2286 082303.

Le volcan : un caractère bien trempé

Place à une sortie aussi spectaculaire que touristique. Si la visite de la montagne de feu vaut clairement le déplacement, elle implique de voyager sur des bateaux bondés de touristes et de respecter le planning à la lettre : volcan, 30 minutes d’arrêt !

Une fois débarqué en compagnie des centaines d’autres passagers,  il suffit toutefois grimper jusqu’au sommet, histoire de se sentir seul au monde ou presque, de souffler et d’avoir un paysage assez sympa à dessiner.

Autre arrêt conseillé : les sources d’eaux thermales chauffées par les laves de la croute terrestre. On accède depuis la petite île de Palaia Kamena (née en 197 av. J.C.) ou directement du bateau. Si elles dégagent une odeur quelque peu désagréable, que leurs couleurs n’ont rien à celles des Maldives (on est plutôt sur un orange-maronné ici) et que l’on peut tâcher son maillot (prévois un modèle foncé), le plouf vaut la peine.

Pour le déjeuner : ramener un pique et le déguster sur la plage de ‘l’île de Thirassia (dernier arrêt de l’excursion).

De Pyrgos à Megalochori : voyage musical et mythologique

Encore un matin, encore un village blanc et multicolore qui sent bon la Grèce. Aujourd’hui, il s’appelle Pyrgos, il est posé à flanc de colline et il propose tout un tas de jolies habitations troglodytes. Comme ses collègues, la bourgade accepte de poser pour nous sans broncher.

Même constat du côté du ravissant village de Megalochori dans lequel nous serpentons à travers le dédale de ruelles immaculées. Nos pas nous mènent au Symposium où nous sommes accueillis par Yannis Pantazis qui nous fait l’honneur d’un mini concert pour le moins insolite. Armés d’instruments locaux, nous suivons les aventures de Zeus, Apollon et sa potesse Athena au rythme de la lyre, du tambourin, des flûtes et autres appareils à cloche. Mais il est déjà temps de quitter les dieux de l’Olympe pour croquer Yannis… du bout de nos crayons.

Symposion by La Ponta | Music and Mythology | Cultural Center – Megalochori 847 00. Tél. : +30 2286 085374.

Metaxi Mas – Έξω Γωνιά 847 00. Tél. : +30 2286 031323.
Gavalas Winery – Megalochori 847 00. Tél. : +30 2286 082552.

Vlychada : un dernier pour la route

La dernière matinée est un délice pour la #teambouboule que nous sommes : nous avons rendez-vous au musée industriel de la tomate s’il te plait. Installé dans l’ancienne usine du D.Nomikos, le musée expose fièrement ses machines industrielles de la fin du 19ème, le témoignage de ses employés et tout un tas d’autres pièces d’époque. En quelques heures, nous découvrons tous les secrets de ce délicieux concassé de tomate, de l’élevage du fruit à la préparation de la recette. L’occasion pour nous de coucher sur papier les bâtiments qui racontent l’ancienne vie locale de tout un peuple et la culture industrielle de l’île.

Un dernier plouf sur la plage de Vlychada, un dernier dessin des falaises faites dans la dentelle, un dernier atelier d’écriture les pieds dans le sable, un dernier ouzo, un dernier sourire et ça repart… au pays du fromage qui pue (adieu la féta) et du vin qui pique (bonjour Bordeaux).

Le Tomato Industrial Museum – Βλυχάδα 847 00. Tél. : +30 2286 085141.

To Psaraki – Vlichada Marina, Vlichada 847 00. Tél. : +30 2286 082783
Taverna Afros – Santorini 847 03. Tél. : +30 2286 085223.

Santorin, version pratico-patrique

Pour y filer fissa :
* de Paris : Transavia propose des vols directs à direction de Santorin certains jours de la semaine.
* de Bordeaux : pas de vol direct pour le moment. Un petite escale à Paris et hop.
Autre possibilité : un vol en direction d’Athènes puis un bateau (mais il fait avoir le temps !)

Pour que tes nuits soient douces : Carlos Pension – Akrotiri, Akrotírion 847 00. Tél. : +30 698 993 8151.
Un hébergement typique du coin, simple et funky et bon marché installé loin des coins touristiques mais idéalement placé pour rayonner sur l’île. N’hésite pas à demander une chambre rénovée et à refaire le monde sur la terrasse ombragée.

Pour apprendre à dessiner et à écrire : Gérée par l’adorable Maud, l’association “L’Etincelle. Voyager, écrire, s’épanouir” propose chaque année des stages créatifs en Grèce centrés autour de l’écriture et d’une deuxième activité (céramique, yoga, méditation…). Retrouve toutes les dates et les infos sur ces stages insolites en Grèce.

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11 commentaires

Cervellin 27 octobre 2020 - 9 h 10 min

Quel article magnifique ! Tu as su capter l’essentiel et tout le reste. Un vrai bonheur de te lire.

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Lavaud-Leymarie 27 octobre 2020 - 17 h 49 min

Un bien joli reportage …. des couleurs,des odeurs et des paysages tellement mémorables …..merci Solene d’immortaliser ainsi ce beau sejour ☀️

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Solcito 3 novembre 2020 - 14 h 12 min

Merci à toi Sylvie pour ce si gentil commentaire !

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Solcito 3 novembre 2020 - 14 h 12 min

Merci beaucoup chère Isabelle.

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Cécile 27 octobre 2020 - 21 h 38 min

Quel plaisir de se plonger dans ces bons souvenirs !

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Solcito 3 novembre 2020 - 14 h 13 min

Et quel plaisir de lire ton commentaire Cécile :)

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Guillemard 27 octobre 2020 - 22 h 12 min

Tu m’as fait tellement rêvé!!! Magnifique reportage dans ces lieux mythiques et envoûtants que j’ aimerais tant découvrir en vrai !!!

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Solcito 3 novembre 2020 - 14 h 14 min

Tu iras très bientôt, quand les jours seront meilleurs et que le soleil brillera à nouveau (au sens propre et figuré !).

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Caroline Leblanc 2 novembre 2020 - 19 h 25 min

Bravo! Ca donne envie d’y retourner… pour dessiner!

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Solcito 3 novembre 2020 - 14 h 14 min

Oui je te le conseille vivement (et merci pour ton commentaire !)

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Annabelle 7 novembre 2020 - 3 h 20 min

Tu nous fait bien rêver là et de magnifique façon! Je constate toutefois qu’il y a trop peu d’esquisses personnelles parce que de ce que je peux en voir, il y a beaucoup de talent! ;)

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