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Guyane : 5 raisons de visiter ce paradis français méconnu

de Solcito
Solcito voyage en Guyane insolite

Last Updated on 12 décembre 2025 by Solcito

Savez-vous combien de touristes visitent la Guyane chaque année ? Environ 85 000. La Guadeloupe et la Martinique  ? Plus d’un million chacune. Pourtant, ce morceau de France posé sur le continent sud-américain cumule à lui seul une ribambelle d’atouts : un centre spatial qui envoie des fusées, une histoire pénitentiaire fascinante, une nature amazonienne intacte, des citées chargées d’histoire, une culture métissée unique, ainsi que quelques plages qui valent le détour. Alors pourquoi reste-t-elle dans l’ombre ? Mystère. Ce que je sais, c’est qu’après cinq jours sur place, j’en suis revenue enchantée. Et que je ne comprends toujours pas pourquoi ce territoire reste si confidentiel. Retour sur ses arguments principaux ! 

Atout numéro 1 : L’espace à portée de main (enfin presque)

Petite, je voulais être astronaute, comme tous les enfants qui regardent le ciel en se demandant ce qu’il y a là-haut. La vie en a décidé autrement, et me voilà journaliste, assise dans un fauteuil confortable, à parler de destinations pendant que d’autres préparent l’exploration spatiale. C’est donc avec des étoiles dans les yeux que j’ai découvert ce site français ouvert en 1964, qui se visite deux fois par jour.

Dans cet immense espace (sans mauvais jeu de mot) de 650 km2, les 1500 employés cohabitent avec un grand nombre d’espèces d’animaux et pour cause : la chasse y est interdite ! Gérée par l’ONF, la forêt dissimule 700 espèces d’animaux : paresseux, pumas, tatous, écureuils… et 23 jaguars, soit la plus grande concentration d’Amérique latine.

Ici les pièces ne sont pas construites mais uniquement assemblées pour devenir des futures Ariane 6 ou des Vega, une fusée à modèle plus réduit que sa célèbre consoeur. C’est eux qui envoient les satellites qui permettront de téléphoner ou de se repérer sur son smartphone. 53 satellites ont déjà été envoyés en même temps, imagine un peu… Bonne nouvelle : ces derniers sont désormais conçus pour « s’autodétruire » une fois leur mission accomplie.

Toutes ces anecdotes et bien d’autres vous seront contées durant la visite guidée. Le seul hic ? Le pas de tir est loin des fenêtres du bus qui baladent les terriens que nous sommes et d’où nous avons été autorisés à descendre pour shooter le lieu dans tous les sens. On ne peut pas s’en approcher pour des raisons de sécurité évidentes. Mais même de loin, sentir qu’on est au cœur du seul port spatial européen, dans ce bout de cette forêt transformée en base de lancement, cela reste impressionnant. Ce territoire longtemps associé au bagne (j’y reviendrai plus loin), est aujourd’hui celui qui propulse l’Europe vers les étoiles. Un sacré retournement de situation.

C’est dans la salle Jupiter du Centre Spatial Guyanais, la salle pleine d’ordinateurs de contrôle où se préparent les lancements d’Ariane, que nous avons tenu l’assemblée générale annuelle de l’Association des Journalistes de Tourisme (AJT). Pendant que nous débattions de nos sujets très terre-à-terre, à une poignée de kilomètres de là, des ingénieurs préparaient les prochaines fusées censées décoller respectivement le 28 novembre (une semaine plus tard) et le 17 décembre. Un futur rêve que j’espère cocher un jour dans ma To see list…

Atout numéro 2 : Les Îles du Salut, l’enfer devenu paradis

Si je devais résumer la Guyane en un seul lieu, ce serait les Îles du Salut. Non pas parce qu’elles sont représentatives de tout le territoire – elles ne le sont évidemment pas – mais parce qu’elles incarnent parfaitement ce contraste saisissant entre beauté et tragédie.

Ces trois îlots sont posés à une dizaine de kilomètres au large de Kourou : l’Île Royale, l’Île Saint-Joseph et l’Île du Diable. Des noms qui sonnent bien, presque poétiques. Mais ces îles ont été le théâtre de l’une des pages les plus sombres de l’histoire française : le bagne. Celui où ont été déportés quelques 70 000 de prisonniers entre 1852 et 1953, dans des conditions épouvantables. Papillon, vous connaissez ? C’est ici que ce bagnard le plus célèbre de France aurait été emprisonné… et se serait échappé.

Aujourd’hui, la nature a repris ses droits. Les ruines des bâtiments pénitentiaires se dressent au milieu d’une végétation tropicale exubérante. Des cocotiers partout, une mer d’un joli bleu, des singes qui sautent de branche en branche, des tortues de mer qui coulent des jours heureux et quelques touristes qui se prélassent au soleil. Un décor de carte postale… sauf que derrière chaque mur en ruine, il y a des histoires de souffrance et de tentatives d’évasion désespérées.

C’est ce mélange qui m’a bouleversée. Ce côté urbex – explorer des lieux abandonnés et déchiffrer leur histoire à travers les vestiges – combiné à un cadre naturel d’une beauté renversante. On se balade entre les cachots, on imagine la vie des bagnards et on frissonne en lisant les inscriptions gravées sur les murs. Et puis on lève les yeux, et on voit le bleu éclatant de l’océan et le vert intense des végétaux. L’enfer et le paradis, littéralement côte à côte.

L’Île du Diable, la plus petite, est interdite d’accès. C’est là qu’était enfermé Alfred Dreyfus surveillé par une horde de gardes : 14 pour un seul prisonnier ! On ne peut que l’observer depuis l’Île Royale, imaginer sur ce qu’elle cache et réaliser l’isolement total de cet homme sur son rocher.

Ce lieu résume tout ce qui fait l’âme de la Guyane : un territoire qui ne cherche pas à effacer son passé mais qui vit avec et le transforme en lieu de mémoire et de réflexion. Note que l’on peut dormir sur l’Île Royale et passer une nuit plus ou moins agréable, à deux pas des cellules, dans une auberge qui a notamment aménagé des chambres dans les logements d’anciens gardiens. Ceux qui y ont dormi ont parlé d’un cri dans la nuit…  Âmes sensibles : vous êtes prévenues !

Atout numéro trois : Saint-Laurent du Maroni, la ville-frontière sur l’eau

Direction l’ouest, à la frontière avec le Suriname pour découvrir Saint-Laurent du Maroni. Une ambiance de bout du monde avec cette une ville posée sur le fleuve du même nom (Maroni donc) et de l’autre côté de l’eau un autre pays, d’autres langues et une autre culture. Dès les premières heures de la matinée (déjà très chaudes) nous partons en pirogue saluer le fleuve. À ma gauche, la France. À ma droite, le Suriname. Entre les deux, un fleuve immense et maronnâtre… d’où son nom ?  Des pirogues circulent dans tous les sens, transportant marchandises et passagers d’une rive à l’autre. Ici, on passe d’un pays à l’autre comme on traverse la rue.

L’un des journalistes qui a vécu ici nous raconte l’histoire du fleuve, des peuples qui le bordent et des échanges commerciaux, parfois légaux, souvent moins avec notamment les chercheurs d’or clandestins. On les appelle les orpailleurs. Il y a quelque chose de fascinant dans cette zone grise où se mélangent les identités et les langues (français, néerlandais, sranan tongo, langues bushinengue) et les monnaies.

Retour sur terre pour visiter la ville qui conservé son architecture coloniale et ses bâtiments colorés, même si certains conservent l’empreinte du temps dans le chair. Mais c’est le centre de Transportation qui marque le plus. Inauguré en 1858, le lieu « accueillaient » jadis les prisonniers à leur arrivée en Guyane – après 3 semaines de bateau – avant de les envoyer sur des lieux plus isolés comme les îles du Salut. La visite qui fait fait froid dans le dos permet de pénétrer dans la cellule 47 où Papillon a gravé son nom des années après son évasion.

Autre lieu déroutant : l’ancien hôpital pénitentiaire, aujourd’hui abandonné, qui se laisse parfois approcher (attention à l’alarme quand on y pénètre !) en mode urbex.

Cerise dans le cocktail : Saint-Laurent accueille également une rhumerie, preuve en est que la Guyane a décidément de sacrées cordes à son arc. Au menu : visite des coulisses, confection de son propre breuvage et dégustation bien-sûr (santé !) avec modération avant de reprendre la route.

Saint-Laurent du Maroni est aujourd’hui devenue une sorte de ville-musée à ciel ouvert, où l’histoire affleure à chaque coin de rue. Et contrairement à beaucoup de sites patrimoniaux aseptisés, ici tout est brut et authentique.

Atout numéro 4 : une nuit dans la forêt amazonienne (où mon hamac m’a trahie)

Retour vers Kourou, aux prémisses de sa jungle, au sein du Camp Maripas pour une expérience « carbet », ces grandes huttes traditionnelles amérindiennes où l’on dort en hamac. C’est en version confort que je teste cette tradition ancestrale.

Première leçon : accrocher un hamac, c’est tout un art que l’on laisse aux connaisseurs (pas moi donc). Deuxième leçon : il y a toujours un hamac qui décide de ne pas coopérer malgré le talent des dits-connaisseurs. Le mien, évidemment.

Je vous passe les détails techniques d’accroche de la bête puisque je l’ignore. Disons simplement que j’ai bien fait de tester le bazar avant la nuit. Résultat : une chute du morceau de tissu récalcitrant, un gros boum que la totalité de la Guyane a dû entendre, un bas de dos aussi bleu que le tissu du fautif et une dignité qui aurait pu finir en miettes si mes comparses de voyager avait décidé de plus ébruiter l’affaire.

Mais vous savez quoi ? J’ai réussi à dormir tout de même, dans une position qui défie toutes les lois de l’ergonomie, sans doute, mais j’ai dormi. Et au réveil, quand je me suis retrouvée entourée d’arbres, avec les bruits de la forêt qui s’éveille (en plus des ronflements de mes camarades), les oiseaux qui chantent, l’humidité qui colle à la peau, et une jolie araignée (une matoutou !) comme on voit que dans les films, et je me suis dit que ce hamac traître faisait partie de l’aventure.

Le lendemain, place à la course de pirogue des copains pendant que nous les observons d’un confortable bateau. Parce qu’après une nuit compliquée, rien de tel qu’un tour sur l’eau en encourageant l’exercice physique intense des autres sous 30 degrés. Les voilà partis, pagaies en main, à aller et venir sur le cours d’eau en essayant de coordonner leurs mouvements et battre les concurrents. Et de comprendre pourquoi ce mode de transport a traversé les siècles, même si ce n’est pas aussi facile que ça en a l’air dans les documentaires.

Cette expérience au Camp Maripas, c’est un peu la Guyane en concentré : un mix d’aventure douce, de nature omniprésente et de petites galères qui font les meilleurs souvenirs.

Atout numéro 5 : Cayenne, la capitale surprenante

Dernière étape : Cayenne, la capitale. On s’attend souvent à ce que les capitales déçoivent après avoir exploré les trésors naturels et historiques d’un territoire. Cayenne a su sortir son épingle du jeu.

Direction les mangroves. Oui, la capitale guyanaise possède des mangroves qui vont et qui viennent tous les deux ans. Ces forêts amphibies, entre terre et mer, jouent un rôle écologique crucial. Le guide nous explique leur fonctionnement : comment elles protègent les côtes de l’érosion, comment elles servent de nurserie pour des milliers d’espèces marines, comment elles captent le carbone mieux que n’importe quelle forêt terrestre. Malheureusement,  ne peut pas se balader dedans car elle ne fait que « passer » quelques années, ainsi rien n’a été aménagé pour les curieux. Alors on observe de loin et on écoute le guide nous raconter la vie secrète de cet écosystème fascinant. On peut les approcher davantage en visitant les salines nichées à une dizaine de kilomètres de la ville.

Retour dans l’agglomération pour une promenade. La capitale n’est pas une mégalopole : à peine plus de 60 000 habitants. C’est une ville à taille humaine, colorée et métissée, où se côtoient influences créoles, amérindiennes, bushinengue, hmong ou brésiliennes. Et de flâner dans les rues, admirer l’architecture créole avec ses maisons en bois aux balcons ouvragés et s’arrêter au marché pour goûter des fruits qu’on ne connaît pas.

Et puis il y a les musées. Pas les grands musées institutionnels et poussiéreux. Non, des musées insolites, des petits lieux qui racontent des bouts d’histoire avec des collections improbables nées des passions de conservateurs éclectiques. Ces cabinets de curiosité qui donnent plus à comprendre sur une ville que n’importe quel monument officiel. Des établissements comme le musée Franconie qui abrite notamment un paresseux empaillé et une collection de Lagrange, un bagnard peintre qui a fait beaucoup parler de lui. Mention amusée pour le « Muzé du Nimport’koi » dont la devanture seule offre une superbe expo !

Cayenne, c’est un peu la cerise sur le gâteau guyanais. La preuve qu’il n’y a pas besoin de s’enfoncer à des heures de pirogue pour vivre quelque chose d’intéressant. Que même la capitale, souvent négligée par les visiteurs pressés, mérite qu’on s’y attarde.

Alors, pourquoi pas plus de touristes ?

C’est la question que je me suis posée pendant cinq jours. Qu’est-ce qui manque à la Guyane pour sortir de l’ombre ? Certainement pas les atouts évoqués, en plus son accessibilité. C’est la France dont pas besoin de visa, de change de monnaie et ou problème de langue. Vol direct depuis Paris. Sécurité sanitaire aux normes européennes.

Peut-être le prix des billets d’avion. Et sûrement la méconnaissance totale de ce territoire par la majorité des Français, ainsi que l’image négative du bagne qui colle encore à la peau de la Guyane.

Mais franchement, c’est dommage car la Guyane offre un dépaysement total à 8h de vol de Paris. Parce qu’elle sort des « chemins tapés » sans être inaccessible. Parce qu’elle cumule tous les ingrédients d’une destination coup de cœur : authenticité, beauté, histoire, aventure et douceur de vivre. Un territoire qui ne cherche pas à copier les destinations tropicales classiques, qui assume son histoire complexe et qui préserve farouchement sa nature.

La Guyane, c’est la France que personne ne visite… pour le moment.

Street art Cayenne Guyane

Les infos pratiques :

 

Pour plus d’informations : Comité du Tourisme de la Guyane

  • Meilleure période : août à novembre (saison sèche)
  • À prévoir : anti-moustiques puissant, vêtements légers et couvrants, chaussures de marche
  • Formalités : carte d’identité ou passeport en cours de validité suffit (c’est la France !) et un certificat de vaccination contre la fièvre jaune (obligatoire pour embarquer).

Comment aller en Guyane ?

  • Vols directs Paris-Cayenne quotidiens avec Air Caraïbes durant l’été et pendant les vacances de Noël
  • 6 jours/7 pendant les vacances de la Toussaint (sauf le samedi)
  • Le reste de l’année, 4 jours/semaine 7 (mardi, jeudi, vendredi, dimanche)

Où faire le dodo et se sustenter en Guyane ?

Cayenne :
IBIS Style Cayenne – 28 Av. du Général de Gaulle, Cayenne 97300, Guyane française. Tél. : +594594288300
Mercure Amazial Cayenne – 45 Rue de l’Ara Bleu, Cayenne 97300, Guyane française. Tél. : +594594391515
Kourou :
Hôtel des Roches – 97310 Av. des Roches, Kourou 97310, Guyane française. Tél. : +594594320066
Mercure Ariatel Kourou – Avenue De St Exupéry, Kourou 97310, Guyane française. Tél. : +594594328900
Îles du Salut :
Auberge des Îles – 7CQ6+26G, Cayenne 97300, Guyane française. Tél. : +594694246959
Dans la forêt amazonienne :
Camp Maripas – PK18, Route du Dégrad Saramaca Kourou GF 97310, Guyane française. Tél. : +594594325378
Saint-Laurent-de-Maroni :
Hôtel des Sables – 3 bis, 97320 Rue Jean de La Fontaine, Saint-Laurent-du-Maroni 97320, Guyane française. Tél. : +594694383037
Domaine du Lac Bleu – 21 All. des Toucans, Saint-Laurent-du-Maroni 97320, Guyane française. Tél. : +594594340505

Reportage réalisé avec l’aide d’Air Caraïbes et du Comité du Tourisme de la Guyane dans le cadre de l’assemblée générale des Journalistes du Tourisme. 

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2 commentaires

Alexandra Zone Blanche 12 décembre 2025 - 2 h 19 min

Ooooooooh…
(ouais désolée je sais pas quoi dire de plus quand on me présente une desti boudée des touristes)

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Solcito 12 décembre 2025 - 9 h 42 min

Aaaahhh je suis complètement d’accord avec toi !
(tant pis pour eux, nous on profite de ces destis « mal-aimées »)

Répondre

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