Last Updated on 27 mai 2026 by Solcito
Il y a ceux qui voyagent pour voir le monde… et ceux qui le transforment au passage. David Selor, street artiste français originaire de Cognac, fait partie de cette seconde catégorie. Domicilié à Bordeaux depuis plusieurs années, le jeune homme né en 1988 commence sa carrière par le graffiti en 2007. En 2013, il bifurque par le street art. À travers son personnage emblématique Le Mimil, il s’approprie les murs des villes, de Bordeaux à l’étranger, et raconte des histoires à ciel ouvert. Pour lui, voyager n’est pas seulement changer de décor : c’est observer, ressentir et s’imprégner… puis laisser une trace. Entre rencontres, inspirations et liberté, il nous embarque dans sa vision du monde, pinceau et bombe à la main.
Comment t’est venue l’idée de peindre votre Mimil voyageur ?
J’ai créé ce personage à une époque où je voulais être éducateur spécialisé. J’ai fait un service civique européen au Portugal dans un centre qui accueillait des personnes porteurs du trouble autistique. Ils ont une façon de réagir très instinctive. J’ai donc eu l’idée de créer ce personnage humanoïde pour représenter l’instinct animal qui est plus développé chez eux que chez nous. Le Mimil n’a pas de bouche et les yeux fermés pour réprésenter le fait qu’ils ne communiquent pas de manière orale et qu’ils sont dans leur monde.
Comment as-tu appris à dessiner ?
J’ai dû m’y mettre avec le temps car ça me posait des barrières. C’est pour ça qu’il y a un texte, c’est pour faire comprendre le message que je veux faire passer. A la base, j’étais intéressé par le graf, en mettre partout. Je suis venu au dessin petit à petit mais ce n’est pas le truc majeur pour pouvoir en vivre. Il faut surtout apprendre à bien gérer un budget, la paperasse et les messages !
En tant que street artiste, comme le voyage fait-il partie de ton processus créatif ?
L’idée c’est de transporter mon personnage. Au début c’est moi qui le faisait voyager, maintenant c’est lui qui me fait voyager. J’ai fait pas mal de voyage dans ma jeunesse, en Europe principalement et beaucoup en France : Paris, Bretagne, le sud (Marseille, Montpellier, Sète, Toulouse), Grenoble, Lyon, Nantes et des petits bled par ci par là… Je suis allé un peu partout à part dans le Nord et le Pays Basque. Le mois prochain, je pars à Bristol dans le cadre du festival anglais Up Fest.
Quelle ville ou pays t’a le plus marqué et pourquoi ?
C’est une question compliquée car chaque pays a son petit truc… Mais j’ai beaucoup aimé peindre à Fès parce qu’il y a pratiquement pas de street art. Il y a juste un graffeur qui s’appelle Hans que j’ai pu le rencontrer et avec qui j’ai pu peindre. C’est assez drôle et qu’il n’y ait pas de patrimoine street art car c’est une grande ville. Depuis, ça c’est un peu développé grâce aux petites peintures. Il y a une école française d’ailleurs qui travaille sur le street art à travers des personnages (une dizaine) disséminés dans la ville.
Là-bas, c’était un peu les moyens du bord pour travailler. J’achetais des spray à moitié vides puis je les ramenais au magasin pour les changer. J’ai travaillé avec des pinceaux la plupart du temps et j’ai fait le reste avec des bombes de voitures.
Ce qui est cool, c’est que les gens ne connaissent pas la pratique alors il n’y a pas d’amalgame avec le graff. Les locaux étaient super contents et me demandaient même de peindre leur mur ou leurs volets.

Comment un lieu influence-t-il ce que tu veux créer ?
Le lieu, le quartier et le support. En général, je me documente un peu et je vais peindre dans les quartiers populaires, pas dans les quartiers huppés… C’est là où je vais trouver des maisons abandonnées ou en friche pour éviter d’avoir des soucis avec les propriétaires. Souvent je m’inspire des lieux, je fais des clins d’oeil. Par exemple, j’ai voulu parler gentrification dans le quartier Saint-Michel à Bordeaux avec la phrase « J’ai voulu jeter l’ancre mais Bordeaux n’est plus abordable ». Les jeux de mot me viennent facilement. J’espère que c’est moi qui les ai inventés même si c’est pas facile d’en trouver qui n’ont pas été imaginés avant !
Est-ce que ton personnage Le Mimil change en fonction des pays ou des cultures que tu traverses ?
Non justement. Je l’ai créé au Portugal avec une marinière à la Jean-Paul Gauthier et j’essaye toujours d’apporter cette touche pour que ceux qui le voit puissent reconnaitre le côté frenchie… bien que je ne sois pas nationaliste pour un sou ! Je l’ai créé dans un contexte où je commençais avoir le mal du pays après un séjour de deux mois au Portugal… même si j’aime beaucoup le Portugal !
Y a-t-il une rencontre faite en voyage qui t’a profondément marqué ?
Oui il y en a une en particulier qui a même un peu changé ma philosophie de vie, même elle n’a pas de rapport avec peinture mon parcours artistique. Pendant mon petit tour en Espagne, j’ai rencontré un monsieur de 73 ans qui voyageait en sac à dos, sans attache. Il avait fait sa vie, s’était marié, eu des enfants, et choisi de continuer sa vie de la manière la plus minimaliste possible. Il travaille dans la production de pièces de théâtre quelques temps ouis il part. Sa philosophie par rapport à ce que l’on possède m’a changé.
Préféres-tu découvrir une destination en mode exploration libre ou avec un projet artistique précis en tête ?
J’aime les deux mais j’avoue que j’ai plus de mal avec les projets super cadrés. Je prends toujours plaisir à trouver moi-même les murs, à acheter ma peinture sur place et faire en fonction de l’énergie de l’endroit. C’est le top du top de la liberté. Ne pas suivre les parcours touristique, être libre, aller dans les quartiers où les touristes ne vont pas. C’est la peinture qui m’amène dans ces quartiers. C’est là ou j’ai fait le plus de rencontres et j’ai vécu le plus de choses avec les locaux qui viennent me parler.
Parmi toutes les villes où tu as peint, laquelle te ressemble le plus ?
Je ressemblerai plus à une grosse campagne ou une forêt anonyme. Si je devais ressembler à une ville, ça serait le Londres d’il y a dix ans et qui était dingue. J’y suis allé 5 fois, c’est la ville où je le plus retourné pour peindre. Soreditch était le Disneyland du street art. Après le COVID, beaucoup d’artiste sont partis et ça été remplacé par du graffitti vandale.

Est-ce que tu as déjà créé une œuvre inspirée directement d’un voyage ou d’une culture spécifique ?
Je suis pas fan de rentrer dans un moule. Je trouve que c’est par exemple un peu facile de peindre des personnes en train de manger un tajine au Maroc. Ce n’est pas à moi de représenter ça. Ici, comme on est pas loin de la côté, 4 fresque sur 5 qui me sont commandées veulent représenter la plage. Moi j’aimerais faire plus des trucs décalés. J’aimerais apporter d’autres cultures en France.
Quels souvenirs aimes-tu ramener d’un voyage ?
Des photos et encore, je n’en prends pas vraiment. Des souvenirs dans la tête surtout.
Comment choisis-tu en priorité les murs ou les lieux où tu interviens à l’étranger ?
Là où il y a de place, où il n’y a pas déjà un graffiti ou un dessin, et sur des murs pas entretenus.
Y a-t-il une destination où tu rêves de peindre ?
C’est assez compliqué car j’évite un maximum de prendre l’avion. Je ne voyage plus autant qu’avant. New York ça serait dingue, c’est le berceau du graff. Mais ça me fait mal au coeur de dire ça mais je n’aime pas la politique actuelle des US même si la plupart des gens doivent être sont super cools. Sinon le Vietnam ou un autre pays d’Asie. En Amérique Latine aussi, ils ont des niveaux de dingue, comme à Valparaiso. Et là où ça serait cool de chez cool, ça serait les endroits où c’est interdit de peindre : la Corée du Nord ou Singapour par exemple. Dans l’idéal si je pouvais me téléporter, j’irai partout !

Le fait de créer dans l’espace public te rapproche-t-il davantage des locaux ?
Le fait de peindre dans la rue à l’étranger rend le regard des locaux différent, déjà car on me prend pas pour un touriste. Les gens viennent me parler dans leur langue, ils me prennent pour un vagabond. Même en France d’ailleurs. Et quand je suis en train de peindre, ils me prennent pour un artiste. En général, c’est de la bonne vibe. C’est rare qu’on vienne me voir pour du négatif.
Si Le Mimil pouvait voyager seul, où l’imaginerais-tu aujourd’hui ?
Partout où il fait pas trop chaud, pas trop froid !

Merci à Selor pour cet agréable moment passé en sa compagnie.
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